31/05/2026 –, Conf 4 - D2.020
Le logiciel libre sans convergence des luttes, c'est de la techno-branlette.
Le concept de logiciel libre a été introduit il y a quarante ans et s’est imposé comme le pillier central de l’alternumérisme. Depuis, le paysage de l’informatique, ainsi que ses implications sociétales, s’est complexifié. En particulier, depuis une vingtaine d’années, nous avons assisté à l’arrivée des smartphones, à l’émergence des réseaux sociaux centralisés, à leurs algorithmes de captation de l’attention, ainsi qu’au développement du capitalisme de surveillance. D’une part, les GAFAM ont cyniquement utilisé l’écosystème du « libre » pour construire leur empire. D’autre part, nous dépendons toujours plus de logiciels qui fonctionnent « en ligne », sur les serveurs de quelqu’un·e d’autre : qui contrôle cette infrastructure ? Qu'advient-il des données ? Qui décide des règles de ces services ?
Tout cela vient brouiller le caractère prétendument subversif du « libre », et l’alternumérisme ne peut certainement plus se résumer à une simple question de logiciel ou de licence. Et s’il est parfois rappelé que « le libre, c’est l’open source + l’éthique », de quelle « éthique » parle-t-on exactement ? Le logiciel libre, et la communauté « libriste », ont eux aussi leurs limites. La question du modèle économique des projets libres demeure complexe, fragile et limitée. La communauté libriste peine à formuler un propos politique clair qui dépasserait les aspects techniques et prendrait en compte les questions d’inclusivité, de gouvernance ou encore d’écologie. Quitte parfois à aller jusqu'à s'enraciner s’enraciner dans une forme de purisme binaire et d’élitisme technocratique, imperméable à une nécessaire autocritique et remise en question.
Alors, au fond, que défendons-nous réellement, politiquement, lorsque nous faisons la promotion du logiciel libre, mais aussi de la décentralisation d’Internet, de l’interopérabilité, du chiffrement de bout en bout, ou lorsque nous critiquons les algorithmes toxiques ? Le logiciel libre est-il intrinsèquement libertaire ou libéral ? Comment aller au-delà du logiciel libre ? Peut-on dépasser la dichotomie utilisateurs-développeurs ? Comment définir ce que serait une informatique juste, loyale, inclusive, écologique, bienveillante, conviviale, émancipatrice, libertaire ? Et que pouvons-nous apprendre des luttes féministes, LGBTQIA+, antivalidistes, antiracistes, décoloniales, écologiques et sociales ?
Je suis contributeur au projet YunoHost et membre de divers collectifs technocritiques. J'aime les memes, les stickers et porter des sweats à capuche noirs.